EN QUOI LA DÉPRESSION ET LE SURPOIDS SONT-ILS ÉTROITEMENT LIÉS ?

Dernière mise à jour : 12 déc. 2021

SOMMAIRE

INTRODUCTION…………………………………………………………………………………...1

PARTIE I - Un lien étroit entre la dépression et le surpoids…….……………………..1

a) Prévalence du surpoids chez des patients en souffrance psychique………..….…1

b) Dépression, cause ou conséquence du surpoids ?………….……..………..…....….3

PARTIE II - L’alimentation refuge…….…………………………………………………...…5

a) L’alimentation chez une personne dépressive en surpoids……………………….…5

b) Quelle alimentation privilégier et comment la mettre en place ?….……….........6

PARTIE III - Une prise en charge pluridisciplinaire………………………………………9

a) L’organisation entre le psychologue et la diététicienne………………….………....9

b) Une thérapie progressive……………………………......………………………………10

CONCLUSION….…………………………………………………………………………………..11

RESUME EN ANGLAIS……………………………………………..………………………….….12

ANNEXES……..……………………………………………………………………………………..13

BIBLIOGRAPHIE…………………………………………………………………………………...16

Introduction

Ce travail de recherche présente deux pathologies complexes, l’obésité et la dépression.

L’obésité se définit comme une pathologie d’origine inflammatoire, en lien avec une surcharge de masse adipeuse entraînant des comorbidités pouvant nuire à la santé de l’individu. Une personne est dite obèse lorsque son indice de masse corporel (IMC) est supérieur à 30. Il existe deux types d’obésités; l’obésité androïde, davantage associée à l’homme et l’obésité génoïde, associée majoritairement à la femme. Une obésité est dite mixte lorsqu’elle regroupe les deux.

La dépression quant à elle, se définit comme une succession d’épisodes dépressifs caractérisés par de la tristesse, une perte d’intérêt et de plaisir induisant de fortes répercussions sur la vie socioprofessionnelle des personnes souffrantes.

À travers cette étude, j’ai souhaité analyser le lien entre une pathologie psychique, la dépression et une pathologie physiologique, l’obésité. Il existe sans doute un fort lien de causalité entre les deux pathologies. De plus, l’alimentation joue un rôle majeur dans l’amélioration de la qualité de vie de ces patients, autant sur la prise en charge de la dépression que sur celle de l’obésité.

Ainsi, nous pouvons nous demander en quoi la dépression et le surpoids sont étroitement liés ?

Par la progression du plan, nous étudierons dans un premier temps le lien dépression-surpoids, puis par la suite, le caractère de refuge alimentaire, et pour terminer, la prise en charge pluridisciplinaire.


Partie 1 - Un lien étroit entre la dépression et le surpoids

a) Prévalence du surpoids chez des patients en souffrance psychique

D’après le Ministère des Solidarités et de la Santé, une étude a été menée en septembre 2019 et a montré que 17% de la population adulte souffre d’obésité en France, ce qui représente plus de 8 millions de personnes sur 67 millions de Français. Cela semble peu mais en réalité, c’est un grand nombre d’individus qui en sont victimes. Ce chiffre est en pleine croissance et inquiète un grand nombre de professionnels de santé, dont les diététiciens.

En parallèle, une étude menée par l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale nous renseigne sur la place qu’occupe la dépression au sein de la population française.En effet, 15 à 20% de la population française subit des épisodes dépressifs. Là encore, c’est un pourcentage important qui représente plus de 10 millions de personnes.

Ces études permettent seulement de se faire une très large idée de la prévalence de ces pathologies en France.

Pour estimer le nombre de personnes souffrant d’une véritable dépression, et non pas « d’épisodes dépressifs », c’est une étude extrêmement complexe à quantifier de part le caractère très personnel de la pathologie et du dépistage de celle-ci.

Il paraît donc très compliqué de mener une étude de qualité sur le nombre de personnes dépressives et souffrant de surpoids. Je n’ai malheureusement pas trouvé d’études menées sur cette problématique bien précise.

Cette errance scientifique précise que c’est un sujet peu exploré pourtant intéressant et important à analyser. C’est ce qui m’a particulièrement attiré dans ce travail d’étude. Il semble judicieux et nécessaire de creuser autour de cette problématique et d’analyser ce lien qui unit dépression et obésité. En effet, cette liaison regroupe deux pathologies complexes, rendant la prise en charge et l’évolution vers la guérison difficile.

Des études de la prévalence de l’obésité sur plusieurs types d’individus ont été réalisées en fonction de divers critères, tels que la localisation géographique, les classes sociales ou encore l’âge. Nous pouvons nous appuyer sur celles-ci pour se renseigner sur les populations les plus touchées par ces pathologies.

En étudiant une cartographie publiée en 2019 par Apolline Henry (Annexe n°1), nous pouvons nous rendre compte de la répartition géographique de l’obésité en France. En effet, les résultats semblent assez uniformes, mais les pourcentages les plus élevés se trouvent majoritairement en Picardie et en Champagne-Ardenne, avec plus de 52,6% de la population obèse. Ce pourcentage extrêmement élevé peut être en lien avec les habitudes de consommation de la population, tel qu’une alimentation plus riche en matière grasse et plus pauvre en légumes ce qui pourrait expliquer une légère différence avec les populations voisines. Cependant, ce n’est pas une raison valable à 100% au vu des résultats suivants : la Normandie et la Bretagne présentes 46% et 48% d’individus souffrant d’obésité, et pourtant l’alimentation semble être similaire à celle rencontrée en Champagne Ardenne.

Le caractère obésogène ne serait donc pas directement en lien avec les habitudes de consommation régionale, mais plutôt avec les habitudes de consommations générales.

Depuis les années 1990, l’obésité ne cesse de croître. Elle ne toucherait pas de la même façon les hommes et les femmes de notre société, avec une petite majorité chez la population féminine. Les raisons qui pourraient expliquer cette légère variation ne sont pas encore connues.

De plus, il semblerait que l’obésité ne touche pas non plus de façon égale les catégories sociales. La majorité des personnes obèses proviennent d’un milieu d’artisans, de commerçants, d’agriculteurs, d’ouvriers et d’employés, et non pas de cadres. Selon l’enquête « Obépi-Roche - Données 2012 - Observatoire des inégalités, 20 000 foyers représentatifs de la population française » (Annexe n°2 et n°3), on observe près de 16% d’obèses chez les ouvriers, contre moitié moins dans des catégories plus aisées, tel que les cadres. Ces inégalités touchent aussi les enfants. Une majorité d’enfants souffrant de surpoids sont issus de familles moins aisées. Cette différence est marquée par plusieurs critères, notamment le revenu et le niveau de diplôme (Annexe n°4). Des populations davantage diplômées porteraient un intérêt plus important à leur alimentation.

Après avoir étudié la prévalence de l’obésité au niveau géographique, puis par rapport aux classes socioprofessionnelles et en fonction des sexes, il semble utile de lier ces résultats à des études similaires menées sur la dépression.

D’après une étude menée à l’University of British Columbia en 2003, la dépression est une pathologie qui touche majoritairement les femmes. La raison est encore inconnue, mais les résultats peuvent être faussés par un mauvais dépistage de la dépression chez les hommes. Un caractère plus réservé et une forte stigmatisation sociétale peuvent mener à traduire un homme dépressif comme étant une personne défaillante tandis-que son rôle « d’homme » est d’assurer pérennité et protection. Dans une société où le marquage de l’homme imparable est un caractère important et attendu, il peut mener à laisser étouffer un certain mal-être chez une population masculine.

Ajouté à cela, un article réalisé par Santé publique France en 2017, sur « la dépression dans la population active occupée en France » (Annexe n°5), démontre que selon le secteur d’activité, le pourcentage de personnes présentant des signes de dépression est nettement plus élevé chez les femmes quels que soient les secteurs de profession et le salaire. De plus, la catégorie des agriculteurs, professions intermédiaires et employés sont elles aussi majoritairement touchées par des signes de dépression.

Nous avons donc défini l’obésité et la dépression ainsi que quantifier l’atteinte sur la population française. Aucune étude ne nous permet d’affirmer un réel lien entre ces deux pathologies, cependant nous savons que la prévalence de l’obésité en France touche majoritairement les femmes, tout comme la dépression, et que des similitudes pathologiques sont observées en fonction des catégories socioprofessionnelles notamment.


b) Dépression, cause ou conséquence du surpoids ?

La dépression peut être la pathologie en cause entraînant la surcharge pondérale, à contrario, l’obésité peut elle aussi engendrer une dépression. C’est ce qui fait toute la complexité de la prise en charge. Les origines et causes peuvent être multiples : choc émotionnel, caractère iatrogène, blessures… Traiter la cause et non pas seulement les symptômes est nécessaire pour amorcer une guérison.

L’objectif va donc être de comprendre pourquoi et quelle est la cause qui a provoqué la chute vers une des ces deux pathologies.

L’anamnèse des pathologies est indispensable. Cela va permettre dans un premier temps de connaître les éléments déclencheurs, puis dans un second temps quelle est la pathologie dite « principale », qui a occasionné la seconde.

Ce travail repose sur un questionnement des habitudes de vie du patient, sur ses antécédents et ses ressentis. C’est une étape clé dans la prise en charge, autant pour le praticien que pour le patient. Grâce à cette étude, nous sommes renseignés sur l’état psychologique et physiologique actuel, sur ses souhaits d’évolution et sa motivation, mais surtout sur la pathologie en cause, permettant d’axer et adapter la prise en charge.

Pierre-Alexis Geoffroy a dit : « On sait qu’une personne dépressive sera davantage sujette à des complications de santé. À l'inverse, la dépression est aussi susceptible d’apparaître dans le sillage d’une autre pathologie ».

Cette phrase est intéressante et décrit ce que je souhaite mettre en avant dans ce travail. La dépression n’est pas une pathologie qui arrive seule, elle est déclenchée, tout comme l’obésité. Il existe toujours un élément à mettre en cause qui viendra expliquer la problématique, c’est d’ailleurs un lien qui attelle fortement ces deux pathologies. Très différentes et pourtant très proches à la fois, les complications qui en découlent sont souvent similaires.

Cependant, cela ne veut pas dire qu’une personne obèse est nécessairement dépressive, et inversement. Je pense qu’une grande majorité des personnes obèses souffre psychologiquement, et qu’un grand nombre de personnes dépressives ont vu leurs habitudes alimentaires chamboulées, entraînant un dérèglement pondéral. Ce n’est pas une fatalité, mais sans aucun doute une conséquence qui touche grand nombre de personnes.

Les causes/conséquences d’une dépression ou d’une obésité sont diverses et similaires. Elles peuvent se traduire par des difficultés d’insertion sociale, une image de soi négative et/ou erronée, une accumulation d’échecs, etc.

Le travail avec le patient sera progressif, une évolution pas à pas et au rythme du patient. Une réelle coordination entre le psychologue et la diététicienne doit être établie afin de créer un acheminement en simultané.

Je souhaite faire un aparté en parlant de « l’effet yo-yo ». C’est un processus de perte de poids engendré par des régimes plus ou moins restrictifs et surtout rapides. La perte de poids va donc être visible rapidement ce qui plaît davantage. Cependant, cela impacte fortement la physiologie du système. La privation et/ou un déséquilibre entraîne un dérèglement de l’organisme qui se sent agressé. Il va donc répondre et se protéger à sa manière ce qui se traduit par une reprise de poids très rapide à l’arrêt du régime, voire une reprise de poids plus importante que la perte. C’est un phénomène compensatoire et tout à fait compréhensible. Le corps a été privé et se protège en cas de récidive. C’est là qu’apparaît le phénomène de stockage excessif et donc un poids qui ne cesse de croître avec une plus grande difficulté à amorcer une perte de poids. L’effet « yo-yo » peut entraîner des complications importantes, telle que l’obésité, mais là encore une nouvelle réflexion amène à se questionner sur les motivations qui ont poussé à débuter ce régime. C’est l’inconfort personnel qui pousse généralement les personnes à réaliser différents régimes. Le mal-être est antérieur, mais sera malheureusement davantage prononcé après le régime, car la prise de poids sera plus grande.

Ainsi, en conclusion de cette première partie, nous pouvons définir le lien entre dépression et obésité comme extrêmement varié et complexe. Les causes sont multiples ce qui nécessite une prise en charge adaptée, très loin des généralités. Un travail sur le passé ainsi que sur le futur doit être entrepris avec son patient, tout comme l’application d’une synergie importante avec un psychologue. En tant que diététicien, nous sommes dans la nécessité de conseiller, si cela n’est pas chose faite, un suivi psychologique à son patient, en parallèle d’un suivi nutritionnel.

Partie 2 - Le caractère refuge de l‘alimentation

a) L’alimentation chez une personne dépressive en surpoids

L’alimentation est un acte commun mais qui diverge énormément en fonction de nombreux paramètres. Cette action est continuellement modifiée par des facteurs endogènes et exogènes. Au cours d’une vie, cet acte habituel va être amené à différer en fonction de notre âge, nos éthiques, nos habitudes ou encore nos préférences. Susceptible d’évoluer mais aussi d’être altéré, une altération qui découle souvent d’une pathologie associée.

Un état dépressif peut modifier l’acte alimentaire d’un individu pour diverses raisons. Premièrement, un refus de s’alimenter par peur de grossir, par exemple. C’est ce que l’on appelle l’anorexie ou bien la boulimie. Deuxièmement, à travers une « surconsommation », c’est-à-dire un apport énergétique trop important se manifestant le plus souvent par des pulsions alimentaires pouvant amener à une surcharge pondérale, et donc l’obésité.

Dans un cas où la dépression amène un patient à adopter un comportement inadéquat avec l’alimentation, il est nécessaire d’étudier la cause de ce changement.

L’alimentation est au centre de tout, elle génère des sensations que nul ne peut compenser, c’est ce qui en fait sa particularité et son importance chez les humains. La sensation la plus recherchée est généralement celle de la satisfaction et du plaisir. Comme la plupart du temps, lorsqu’une action permet d’obtenir satisfaction, elle pousse à être répétée continuellement. Cependant, si la personne n’est pas lucide et réfléchie sur son acte, des conséquences et déséquilibres apparaissent. C’est une approche comparable avec de nombreuses situations, pas spécialement en lien avec l’alimentation, en voici quelques exemples : les sportifs de haut niveau qui pratiquent à forte intensité un sport nuisant à leur santé, ou encore les toxicomanes, alcooliques ou fumeurs. La liste est longue, mais pourtant l’alimentation est rarement présentée comme une « addiction » malgré qu’elle présente des liens très similaires. C’est à ce moment-là que nous pouvons parler d’alimentation refuge, pouvant à l’extrême, prendre une place plus importante que ce qu’elle est normalement censée occuper dans la vie d’une personne.

Nous pouvons communément observer chez des personnes obèses que l’alimentation permet d’obtenir un sentiment agréable et sécuritaire. Ce sont ces sensations qui les poussent à se retrancher et consommer en grande quantité des aliments générant apaisement et plaisir. Nous pouvons lier ce sentiment de « refuge » au syndrome de dépression. Une personne obèse sans signes dépressifs n’a pas besoin de ce lien puissant avec l’alimentation. En effet, elle mange par habitude et envie, sans percevoir l’alimentation comme une protection.

Le refuge alimentaire est souvent un trait de caractère chez des personnes en surpoids.

Cela permet de mettre en lumière ce lien réel qui unit la dépression et l’obésité. Ce lien souvent fusionnel, demande une bienséance des professionnels de santé. L’intrusion des praticiens dans la vie du patient doit être progressive car celui-ci s’est construit une « bulle protectrice », un « cocon », autour de l’alimentation. Nous pouvons comparer cela à une croyance. En effet, des milliers de personnes se construisent autour de celles-ci. Entrer et abolir en quelques secondes cette construction engendrerait des conséquences irréparables. Cependant, ces croyances peuvent apporter du positif, mais aussi du négatif. Ici, ce « cocon » engendre des répercussions négatives sur la santé de l’individu.

b) Quelle alimentation privilégier et comment la mettre en place ?

Il existe de nombreux régimes permettant de perdre du poids, d’en gagner, de renforcer son système immunitaire, d’être moins ballonné… Le panel est large, le choix va donc se faire en fonction de la pathologie du patient, puis en fonction de ses habitudes, de ses ressources et de sa disponibilité. Un régime est propre à chacun, il se doit d’être adapté au patient pour lui offrir davantage de chances de le respecter et de s’y tenir.

Pour une pathologie de type obésité combinée à une dépression, il va de soi que le mot « régime » n’est pas un terme adapté ni apprécié. Il est souvent synonyme de restriction et de privation pouvant générer un état de stress supplémentaire à évincer. Il n’est donc pas nécessaire de présenter l’approche nutritionnelle adaptée à son patient comme étant un régime, d’autant plus qu’il est possible que ces personnes là aient dans leur passé, déjà opté pour un ou plusieurs régimes, sans l’obtention de résultats. Alors, pour débuter la prise en charge diététique, il est préférable d’opter pour un « rééquilibrage alimentaire » en demandant le point de vue du patient sur l’alimentation qui lui semble la plus adaptée, tout en lui partageant des outils d’évolution.

Pour parvenir à des résultats satisfaisants qui permettent l’amélioration de la santé physique et mentale du patient, nous pouvons étudier micronutritionnellement la composition des repas en portant une attention particulière sur les nutriments et vitamines, qui possèdent de nombreux bénéfices.

Selon moi, l’alimentation la plus adaptée à ce type de patient correspondrait à une alimentation permettant l’amélioration de l’état inflammatoire, causé par l’obésité et la dépression. On peut ajouter à celle-ci une alimentation antioxydante permettant de booster le système immunitaire, affaibli par le stress permanent généré par les pathologies.

L’obésité est définie comme une pathologie inflammatoire résultant d’une accumulation anormale et excessive de graisse, engendrant des risques importants sur la santé. Quant à elle, la dépression se définit comme un trouble mental, caractérisé par une grande tristesse et une perte d’intérêt. Il est donc possible qu’un statut dépressif génère un état inflammatoire de l’organisme, tout comme l’obésité. Les études en cours portant sur ce thème ciblent des patients dépressifs résistants aux antidépresseurs (30 %). Elles montreraient que cela serait lié à une sur-activation des cellules immunitaires. Nous pouvons en déduire que si des cellules immunitaires sont mises en jeu, c’est qu’une défaillance de l’organisme a été signalée par le système immunitaire. Cette défaillance peut être de diverses origines dont une inflammation pourrait en être la cause. Cette étude pourrait donc permettre de faire un lien direct entre l’obésité et la dépression. Le régime préconisé serait alors basé sur une alimentation anti-inflammatoire.

A présent nous allons étudier les deux molécules principales participant à la régulation du stress ou des états dépressifs.

  • La sérotonine est un neurotransmetteur synthétisé par le tryptophane, un acide aminé se trouvant majoritairement dans les protéines. Ce neurotransmetteur agit sur le système nerveux central et intervient dans de nombreuses fonctions telles que le sommeil, l’humeur, la dépression ou encore le comportement. Le lien sérotonine-dépression est donc intéressant. Une diminution de l’activité de ce neurotransmetteur pouvant être induite par des carences nutritionnelles, peut être associée à des formes de dépression.

  • La dopamine ou « molécule du plaisir », est aussi un neurotransmetteur synthétisé par un acide aminé, la tyrosine étant aussi un composé des protéines. Ce neurotransmetteur agit sur le système nerveux central et intervient dans l’attention, le sommeil, la mémoire, la motivation et le contrôle moteur. Le lien dopamine-motivation est donc tout aussi intéressant. C’est une molécule addictive. Sa sécrétion offre une sensation de bien-être, ce qui pousse l’individu à recommencer l’action permettant sa production. En prenant l’exemple des toxicomanes, nous pouvons nous rendre compte que la majorité des drogues stimulant une libération de dopamine, induisent alors une sensation de satisfaction conduisant à une dépendance. Cependant, ici, ce n’est pas une dépendance à une drogue que nous cherchons, mais une dépendance au bonheur. Son effet est donc très intéressant.

Travailler sur une alimentation visant un apport satisfaisant en tryptophane et tyrosine peut alors participer à la prise en charge diététique de ces patients.

Voici une liste non exhaustive d’aliments riches en ces deux molécules :

- Aliments riches en tryptophane pour 100g : riz complet (190 mg), viandes rouges (450 mg), poulet (19 000 mg), morue (704 mg), pois cassés (765 mg), parmesan (560 mg), amandes (350 mg)…

- Aliments riches en tyrosine : lait (1 740 mg), œuf (1 930 mg), dinde (1 340 mg), viande rouge (1 360 mg), morue (2 110 mg), thon (1 012 mg), gruyère (1 770 mg), spiruline ( 2 585 mg)…

Chez un individu ne consommant que très peu de protéines, notamment animales (sources majeures de ces acides aminés), tels que les végétariens/végétaliens, les apports chutes rapidement.

De plus, ces neurotransmetteurs sont très importants dans la régulation nerveuse, mais ils ne semblent pas être les seuls à pouvoir participer à l’amélioration nutritionnelle d’un sujet souffrant de dépression et d’obésité. Nous pouvons adapter davantage l’apport alimentaire, à travers un régime riche en antioxydants.

Les antioxydants regroupent des vitamines, des oligo-éléments et des micro-nutriments ayant des effets incontestables sur le métabolisme humain. Ils permettent d’assurer la protection de nos cellules contre l’action des radicaux libres. Souvent associée au système immunitaire, une alimentation riche en antioxydants permet de limiter les effets du vieillissement cellulaire, les risques d’infections et/ou d’apparition de diverses pathologies. Sachant que l’obésité et la dépression génèrent un stress important de l’organisme, une alimentation riche en antioxydants permettrait de participer à la diminution de l’état inflammatoire, généré par les pathologies et stimuler davantage le système immunitaire impacté.

Nous pouvons donc conclure que le contrôle de l’apport alimentaire chez des patients atteints d’obésité est majeur dans la prise en charge. La nutrition est tout aussi importante pour des patients atteints de dépression. Un régime riche en acides aminés et antioxydants semble être le plus approprié à ces deux pathologies, ce qui permet de pallier aux conséquences engendrées par la dépression et la surcharge pondérale.


Partie 3 - Une prise en charge pluridisciplinaire


a) L’organisation entre le psychologue et la diététicienne

Une prise en charge efficace des deux pathologies nécessite une bonne organisation entre la diététicienne et le psychologue. Les autres professionnels de santé qui entourent le patient sont tout aussi importants. Malgré tout, se seront ces deux intervenants présentés ci-dessus qui seront davantage investis dans la progression de la prise en charge. Le patient étant déjà instable émotionnellement et physiquement, un cadre dans lequel il se sent à l’aise pour évoluer doit pouvoir lui être apporté.

Cependant, la prise en charge ne se déroule pas toujours en milieu hospitalier ou bien exclusivement en libéral. Elle va donc légèrement différer en fonction du lieu de suivi :

  • Première option, la prise en charge se déroule dans un cabinet libéral.

La diététicienne ou le psychologue doit pouvoir guider son patient vers l’un ou l’autre professionnel, si ce n’est pas déjà le cas. Par la suite, les deux professionnels doivent évoluer en synergie pour apporter une prise en charge efficace et globale du patient. La diététicienne axera son travail sur une alimentation adaptée au profil du patient et le psychologue sur la cause de cet état dépressif. Une coordination permet d’adapter le suivi : ralentir si la cadence est trop soutenue et inversement, maintenir le rythme si les deux professionnels ressentent une progression de chaque côté.

  • Seconde option, la prise en charge se déroule en structure thérapeutique :

Le psychologue et la diététicienne ne sont jamais les seuls à intervenir pour une prise en charge en hôpital, clinique ou autre. Un médecin, une infirmière et/ou un professionnel des activités physiques adaptées (APA), peuvent participer et travailler en collaboration. La coordination entre l’équipe peut être plus simple car l’ensemble des intervenants travaillent au même endroit, permettant une prise en charge globale, tant sur le plan physique et psychique, que santé et diététique. De plus, des documents ou des outils sont généralement à disposition du personnel permettant d’informer l’ensemble de l’équipe sur le travail réalisé, les progressions et les difficultés rencontrées. L’inconvénient que je peux faire émerger dans ce type de prise en charge en comparaison d’un suivi en milieu libéral, est que le patient est entouré en permanence, il n’est pas chez lui et donc pas confronté à ses routines et habitudes. Le risque étant qu’au retour chez lui, les habitudes reprennent le dessus et laissent effacer les évolutions faites durant l’hospitalisation.

Ce que nous pouvons apporter en plus à ces deux prises en charge, est l’intégration d’autres professionnels de santé. Je pense aux esthéticiennes, coiffeurs, professeurs de théâtre… La majorité des personnes souffrantes d’obésité et/ou de dépression ont généralement une image personnelle très dégradée. Le manque de confiance en eux est amplifié par un physique qui ne leur correspond pas. Le fait de participer à l’amélioration de l’estime de soi, aura sans aucun doute un effet positif sur la progression de leur état psychique et donc indirectement sur l’évolution de leur rapport avec l’alimentation. C’est un axe de motivation sur lequel il faut travailler. De nombreux outils permettent de valoriser l’estime de soi en collaboration avec les métiers cités plus haut (esthéticiennes, coiffeurs…) qui participent à l’amélioration physique, des cours de théâtre qui peuvent permettre de valoriser la confiance.

La diététicienne et/ou autres professionnels, peuvent faire le choix de faire intervenir la famille ou les amis du patient. Selon les difficultés du patient, la famille peut participer à l’amélioration de son état de santé, mais cette option-là doit tout de même être réfléchie avec son patient.

Il existe diverses façons de faire évoluer l’estime de soi. L’approche thérapeutique est tellement infinie et évolutive, que chaque professionnel a en lui les outils pour participer à l’amélioration de la qualité de vie des patients.

Ainsi, l’approche combinée représente pour moi la seule manière d’apporter une progression et une amélioration efficace à son patient. L’un sans l’autre ne peut fonctionner. La diététicienne seule va effectivement faire son travail de rééquilibrage alimentaire, mais ne pourra en aucun cas travailler sur des problèmes psychologiques. Et pourtant, si le psychique n’est pas guéri, la chance d’évolution sur les comportements alimentaires est et restera moindre, de même pour le psychologue.


b) Une thérapie progressive

La patience est le maître-mot de cette prise en charge. Le suivi d’un patient atteint de plusieurs pathologies est complexe et distinct de toute autre prise en charge, majoré par le caractère psychologique. Les évolutions peuvent être très longues et les résultats presque nuls.

J’aimerais pour commencer, échanger sur les ressentis des professionnels de santé face à un patient qui n’évolue pas ou très peu. Il est normal d’éprouver un sentiment d’impuissance lorsque l’on fait face à une pathologie qui persiste, en ayant malgré tout, rassemblé et fournit l’ensemble des connaissances que l’on possède. Cependant, il faut retenir que lorsqu’un patient reste assidu et continue à être présent aux consultations, que ce soit avec la diététicienne ou le psychologue, c’est qu’il trouve en lui un avantage lui permettant de se sentir mieux. Cette sensation de bien-être peut se manifester autrement qu’une perte de poids ou un sourire et être plus difficilement perceptible. Néanmoins, s’il conserve le suivi c’est qu’il y trouve un intérêt personnel. Il est donc évident que la diététicienne et le psychologue doivent poursuivre le travail entamé.

A contrario, il peut arriver de rencontrer le cas de patients n’ayant pas évolués, ni sur le plan psychologique comme diététique, et souhaitant mettre fin à la prise en charge, malgré les efforts fournis par les deux professionnels. Ce n’est pas un travail perdu, car les conseils fournis lui serviront lorsqu’il sera prêt à en faire bon usage. Nous pouvons présenter en quelque sorte comme un refus d’accès au soin, comparable à un refus de prise en charge par les pompiers pour une fracture, par exemple. Je pense que ce rejet peut être très compliqué à accepter pour un professionnel de santé, dont la première mission est l’amélioration de la qualité de vie de ses patients. C’est malheureusement un des mauvais côtés du métier. Nous pouvons tout de même tirer des leçons de ces « échecs ». En effet, cela permet de s’enrichir, de se repositionner et d’accepter que même avec des connaissances et une solide volonté, le travail se fait toujours à 50/50. Si les 50% du patient ne sont pas présents, le travail ne peut aboutir.

Pour revenir sur la notion de thérapie progressive, il existe de multiples façons de réaliser cette prise en charge. Pour la diététicienne, l’objectif n’est pas de voir son patient une fois par mois pour le peser et lui énumérer ce qu’il doit manger, comment et en quelle quantité. Parallèlement, la psychologue n’est pas seulement là pour écouter ses problèmes de la semaine. Non, et bien au contraire ! Chez un patient en souffrance psychique, je pense que le pousser à sortir de sa routine est un des premiers axes à cibler, pour lui permettre de découvrir autre chose que ce cercle vicieux qui l’emprisonne. Ce travail peut être entrepris tant par la diététicienne que par le psychologue. Le psychologue étudie les sujets qui intéressent le patient pour capter son attention et le faire collaborer. C’est en quelque sorte un guide, qui permettra une fois le travail abouti, de fournir les éléments qui rendent plus appréciable la vie quotidienne du patient. La diététicienne, quant à elle, va faire de même, mais davantage en lien avec l’alimentation. L’objectif premier reste l’amélioration du surpoids, ainsi, l’apport de connaissances en lien avec la nutrition est majeur. Ce cheminement passe par l’apprentissage de la cuisine, la gérance des moments de plaisir ou encore le choix de certains aliments à d’autres… Tout cela fait partie des nombreux rôles de la diététicienne, qui peut mettre en place des ateliers cuisine par exemple.

Ce travail peut avoir un impact positif autant sur l’état dépressif que sur le surpoids.

Travailler sur divers thèmes tout en gardant un socle commun est utile et est une excellente idée pour prouver au patient que le point de vue de la diététicienne et du psychologue est le même. Il est très facile de réaliser cela par le biais de divers outils, à travers un travail sur l’image de soi, comme cité précédemment ou encore un travail par fixation d’objectifs et d’actions. Le but est de faire évoluer le patient tout en progressant en parallèle du psychique. Les deux s’allient, si l’un évolue le reste suivra obligatoirement. Inversement, si l’un n’évolue pas le reste ne suivra pas.

Conclusion

Dans ce travail de recherche basé sur l’étude du lien entre une pathologie dépressive et un surpoids, nous avons pu mettre l’accent sur l'affinité qui lie ces deux pathologies.

D’une part, l’augmentation de la prévalence de ces deux pathologies dans notre société est sérieuse, et un fort lien de causalité est perceptible entre une souffrance psychique et physique.

D’autre part, le caractère de refuge alimentaire prend une grande place dans la vie de certains patients et se doit donc d’être explicité. Comme n’importe quel individu, chacun d’entre nous possède une source de plaisir, mais pour certains, ce bien-être est généré par l’alimentation. Supprimer cette source de plaisir viendrait alors à bousculer toute cette sphère protectrice, accentuée par la pathologie dépressive. C’est ici toute la nécessité d’adapter la prise en charge pour permettre d’apporter tous les éléments de progression.

Pour répondre à cela, nous savons que l’alimentation peut être adaptée pointilleusement pour chaque personne et chaque pathologie. Utiliser la micronutrition peut venir comme un complément à la prise en charge diététique. Actuellement trop peu développée, l’alimentation a une place très importante dans la prise en charge d’un grand nombre de pathologies, même d’origine psychiatrique. Ainsi, pour mener à bien l’accompagnement, la pluridisciplinarité est le maître-mot pour enclencher une évolution.

Pour répondre à la problématique posée, effectivement la dépression entretient un lien extrêmement étroit avec l’obésité. Cette étude a permis de mettre en évidence un cercle vicieux ne pouvant être rompu sans l’aide de professionnels de santé, notamment la diététicienne et le psychologue. Cette complémentarité permet de court-circuiter l’emprise de la dépression et de l’obésité sur le patient.

Ce projet m’a permis de prendre conscience de l’importance du travail d’équipe. Un trop grand nombre d’échecs de prise en charge des patients en surpoids ou bien obèses serait dû au manque d’un suivi psychologique, qui pourtant peut permettre l’obtention de meilleurs résultats. Le dépistage de l’obésité est simple, mais celui de la dépression l’est nettement moins. Axer davantage le travail sur un dépistage plus précoce de la dépression pourrait permettre de rechercher la cause de ce déséquilibre pondéral et la traiter en parallèle de la diététique.

Pour conclure, les quelques études qui mettent en lumière l’influence de la dépression sur le système inflammatoire représentent de grandes avancées pour le futur. Sachant que l’obésité est un syndrome inflammatoire, le lien qui les unit reste encore plus à être prouvé scientifiquement.


BIBLIOGRAPHIE

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📚Cours de psychologie - Croyances des patients.

📚Article - Santé publique France - LA DÉPRESSION DANS LA POPULATION ACTIVE OCCUPÉE EN FRANCE EN 2017. BAROMÈTRE SANTÉ 2017