LA MISE EN PLACE DU « MANGER MAIN » EN INSTITUTION MÉDICALISÉE : POURQUOI ET COMMENT PROCÉDER ?

Dernière mise à jour : 12 déc. 2021


SOMMAIRE

INTRODUCTION…………………………………………………………….…………………....…1

PARTIE I - Le manger main dans le quotidien du patient…….…………….…………..2

a) Aspect nutritionnel : quand le mettre en place ?….…..……………….…..…….…..2

b) Aspect psychologique et physique du manger main.………..……..………..…..….3

PARTIE II - L’instauration du manger main dans une institution médicalisée...........5

a) La diététicienne, l’équipe médicale et la famille dans la promotion du manger main : comment le débuter ?…………......………………………………………5

b) Concilier restauration collective et manger main……..…………………….7

PARTIE III - Le caractère évolutif du manger main………………………….....……….10

a) Le manger main tout aussi intéressant pour d’autres pathologies.…....….10

b) Les limites du manger main : comment le faire perdurer ?.…………….........…..11

CONCLUSION………………………….……………………………………………………..……12

RESUME EN ANGLAIS………………………………..…………………………………………..13

ANNEXES……………………………………………………………………..……………………..14

BIBLIOGRAPHIE……………………………………………………………….………………..…15

Introduction

Le « manger main » ou FIFO pour « Finger-Food », consiste à proposer des mets pouvant être saisis avec les doigts et consommés tels quels. La composition de l’assiette repose sur une modification de la texture des aliments, qui deviennent alors consommables sans couverts et à la main.

Le manger main est généralement proposé pour des personnes âgées, ou bien atteintes de pathologies neurodégénératives, tel que l’Alzheimer. Il est donc fréquemment utilisé en EHPAD, pour des patients souffrant d’apraxie.

De nombreuses études sont menées pour démontrer son efficacité auprès des patients. Il pourrait permettre de lutter contre de nombreuses difficultés actuelles, telles que le stress, la dénutrition et le gaspillage alimentaire.

De nos jours, le manger main est en pleine expansion. Il manifeste quelques limites et réticences, cependant les résultats obtenus priment sur ces déficiences.

Les EHPAD et les entreprises de restauration collective essaient chaque jour d’évoluer pour répondre aux besoins des patients. Par exemple, le groupe Viltarest, une société de restauration collective pour des établissements de santé, se lance dans le manger main en 2010 pour lutter contre la dénutrition chez des patients souffrant d’Alzheimer ainsi que Davigel, et bien d’autres encore. La participation des sociétés de restauration collective contribue activement au développement de cette méthode. Son instauration met l’accent sur une profonde pluridisciplinarité et volonté d’amélioration.

À travers ce travail de recherche, je souhaite répondre à la question du comment ? et pourquoi ? instaurer le manger main en institutions médicalisées. Dans la première partie nous étudierons la place du manger main dans le quotidien du patient. La deuxième partie abordera son intégration dans les institutions médicalisées en explorant les possibles évolutions du manger main.


Partie I - Le manger main dans le quotidien du patient

a) Aspect nutritionnel : quand le mettre en place ?

Le manger main est une technique permettant de valoriser l’autonomie alimentaire des personnes qui en bénéficient.

Le public cible se compose d’individus présentant des difficultés à s’alimenter, en lien avec des déficiences neurologiques, telles que l’Alzheimer et Parkinson, combinées ou non à une dénutrition ou un fort risque de dénutrition.

Le manger main permet de dé-complexifier l’acte alimentaire, pouvant représenter une source de stress importante chez certaines personnes.

Plus fréquemment utilisé pour une population âgée, aucune étude ne propose le manger main pour d’autres types de patients/pathologies alors qu’il regroupe de nombreux avantages..

En effet, il permet de rendre l’acte alimentaire le plus commun possible et non pas comme un moment d’angoisse, ce qui contribue à lutter activement contre la dénutrition. Cette dernière est l’une des plus importantes préoccupations de l’état de santé chez les personnes âgées en institutions médicalisées.

En effet, d’après une étude menée par l’HAS en 2007 sur la population française, il semblerait que 4 à 10 % des personnes âgées vivant à domicile, souffrent de dénutrition. Puis 15 à 38 % en institutions médicalisées, et 30 à 70 % en hôpitaux. Ces chiffres sont extrêmement élevés et indiquent un réel enjeu sociétal.

La place du manger main possède donc un statut très intéressant dans la lutte contre la dénutrition. C’est un programme qui permet d’offrir une alimentation correspondant parfaitement aux besoins des patients, autant sur le plan psychologique et physique, que biologique.

En plus de la praticité qu’offre le manger main, il est possible de lutter davantage contre la dénutrition à travers un possible enrichissement des bouchées. L’adaptabilité de la composition des mets permet d’apporter un aspect positif supplémentaire à ce mode d’alimentation.

Mais comment connaître le moment propice pour la mise en place du manger main ?

Pour cela, une attention particulière doit pouvoir être apportée aux patients, que ce soit par les aides-soignantes, les infirmières ou bien la diététicienne. Généralement, un professionnel est présent lors des repas, il peut ainsi observer si des patients présentent des difficultés à s’alimenter.

C’est ainsi que se forme le premier maillon d’une longue chaîne. Plusieurs étapes vont se succéder pour permettre son instauration.

Ce personnel attentif va permettre d’informer les médecins et/ou diététiciens, qui pourront mettre en œuvre toutes les actions nécessaires pour pallier au déficit observé. C’est ici que le manger main entre en jeu.

En analysant les difficultés du patient occasionnées par l’action de se nourrir, la mise en place du programme FIFO peut être une solution adaptée.

Il semble nécessaire de réaliser au préalable un état nutritionnel du patient, qui peut souffrir d’une dénutrition déjà installée et donc d’une dénutrition dite ancienne. Un régime adapté à sa pathologie doit pouvoir lui être fourni en plus de la modification physique de son mode d’alimentation qui se traduit généralement par des enrichissements naturels, s’ils sont possibles.

A contrario, ce n’est pas parce qu’un patient a des difficultés à s’alimenter, qu’il est obligatoirement dénutri. La dénutrition vient comme une conséquence de la déficience.

Pour cela, un « dépistage » précoce des patients doit être possible, afin de devancer l’installation de la dénutrition. Une obligeance plus importante des soignants et le soutien d’une diététicienne sont indispensables, notamment pour établir les besoins de chacun et dépister les patients en difficultés.

Une généralisation du manger main permettrait de pallier à ce risque aigu de dénutrition, auquel les structures de soin tentent de faire face. Présenter et proposer davantage le programme aux institutions médicalisées (EPHAD, CRR, hôpitaux, cliniques…), serait une solution.

Ce programme pourrait devenir une alternative aux enrichissements industriels, ou bien venir les complémenter.

Le manger main regroupe de nombreux atouts qui restent à développer, en plus de l’aspect nutritionnel.


b) Aspect psychologique et physique du manger main

Le manger main ou programme FIFO englobe aussi de nombreux avantages sur le plan psychologique et physique. Son objectif principal repose sur l’autonomisation du patient qui permet d’appréhender positivement le moment du repas en excluant tout état de stress et d’anxiété.

Le patient a devant lui des mets qui composent son repas de l’entrée jusqu’au dessert. Une alimentation facilement manipulable avec les doigts lui permettant ainsi de se nourrir seul, en autonomie. Une liberté reportée aussi sur le souhait des quantités ingérées et au rythme souhaité.

Nous levons ainsi la « barrière » qui s’était établie entre l’alimentation et le patient en le laissant devenir propre maître de ses gestes. Les patients expriment un fort sentiment de valorisation, une fierté d’être apte à manger seul, ce qui permet de retrouver à nouveau un plaisir de s’alimenter.

Le plaisir est un sentiment bien trop souvent ignoré et abandonné chez les personnes âgées. Beaucoup n’éprouvent plus de plaisir à manger et à passer à table. Un moment plutôt assimilé à une corvée quotidienne.

Le manger main participe aussi à l’aspect psychologique, à travers une reprise du plaisir à passer à table. La valorisation offre un sentiment puissant et génère une grande satisfaction chez les patients.

Par la suite, l’action de manger avec ses mains permet d’apporter un facteur positif, physiquement remarquable sur certains patients.

L’action d’utiliser ses membres supérieurs stimule la dextérité et les habiletés motrices. En effet, on sollicite :

- La motricité globale, qui englobe la coordination à travers le geste de mener l’aliment à la bouche.

- La motricité fine, qui englobe la manipulation et la préhension des aliments plus ou moins gros que la mobilisation des doigts.

Cet axe positif est assez important à soulever, pour des personnes qui perdent progressivement leurs habilités motrices si elles ne sont pas ou peu stimulées.

De plus, le fait de maintenir une motricité permet en parallèle de stimuler les facultés cognitives, qui sont le centre de contrôle des actes volontaires, notamment l’action de s’alimenter à travers la préhension des aliments. Ceci est un point extrêmement important pour des pathologies neurodégénératives.

Ainsi, l’acquisition et la maintenance des différents mouvements réalisés au cours des repas permettent de conserver tous les autres gestes du quotidien, tel que le fait d’attraper une télécommande, boire un verre d’eau ou bien tenir un livre.

L’intégralité de ces améliorations génère un net effet sur l’état psychologique du patient. L’autonomisation, la valorisation et la liberté sont les objectifs souhaités du programme FIFO, en complémentarité de la lutte contre la dénutrition. Ces aspects positifs sont observables sur l’acte alimentaire, mais tout aussi bien sur d’autres actions de la vie courante.

Je souhaite faire un aparté, en faisant un lien avec la Diversification Menée par l’Enfant (DME). C’est un outil ayant comme objectif la découverte alimentaire chez des jeunes enfants. Elle débute à l’âge de 6 mois seulement. Le but étant de présenter une large variété d’aliments au nourrisson, en le confrontant aux différentes textures et goûts. Les aliments sont proposés en morceaux, assez gros pour faciliter la prise manuelle. L’enfant agit seul et sans couverts.

Ce programme a en effet de grandes similitudes avec le manger main. Les avantages et objectifs sont étroitement liés : dextérité, motricité, mastication, respect de la satiété…

Cette comparaison FIFO/DME, permet d’observer de nombreuses ressemblances, à l’exception de la découverte des saveurs et des goûts, qui est un point déjà acquis chez les personnes âgées. Les objectifs de chacun restent toutefois similaires.

Ces deux programmes sont en pleine évolution au sein de notre société, qui demande sans cesse des outils permettant une amélioration de la qualité de vie. Leurs instaurations nécessitent une implication importante de l’entourage mais pouvant générer de grands avantages.

Partie II - L’instauration du manger main dans une institution médicalisée

a) La diététicienne, l’équipe médicale et la famille, dans la promotion du manger main : comment le débuter ?

La mise en place du manger main nécessite un échange en amont auprès de l’équipe médicale et de la famille.

La présentation du programme et de ses objectifs doivent être pertinents pour amorcer les démarches qui permettront son instauration.

Malgré les nombreux avantages générés par le programme FIFO, la diététicienne ou le personnel souhaitant fonder le projet, peuvent faire face à des réticences, comme des méfiances pouvant provenir des familles, mais aussi des soignants. Elles peuvent découler d’une mauvaise connaissance du sujet, ou bien d’une vision déjà pré-fondée, pouvant être erronée et/ou stigmatisée.

Il est vrai que pour l’entourage, le passage des couverts aux mains peut être assez surprenant et frustrant. L’inquiétude de la régression et de l’atteinte de la dignité du proche peut amener les aidants à se poser des questions et faire naître des réticences.

En expliquant que le programme permettrait de maintenir et améliorer les capacités déjà existantes, cela devrait permettre à la famille d’accepter plus facilement l’outil proposé. Faire participer l’entourage aux repas peut être une idée pour démanteler les idées préexistantes.

En ce qui concerne les réticences de l’équipe médicale, le travail de discussion et de mise en place sera le même que celui entrepris avec la famille. Il débute par une phase informative puis se poursuit par une phase participative. L’organisation qui va être demandée au personnel soignant diffère de celle des familles, notamment lors des repas, pour le respect des règles d’hygiène.

L’action de manger avec les doigts nécessite une propreté irréprochable des mains. Les infirmières ou aides-soignantes, sont les personnels les plus fréquemment présents lors des repas. Elles doivent alors mener à bien cette désinfection préalablement, en assistant au lavage des mains. Cela représente un travail supplémentaire à des soignants qui sont malheureusement souvent surmenés, notamment lorsque le nombre de résidents est élevé.

En réalité ce temps là n’est pas perdu, bien au contraire. Le programme FIFO peut dispenser du temps « libre » aux soignants lors des repas. L’aide soignante ne réalise pas elle-même l’acte alimentaire, c’est le patient lui-même qui s’alimente. En effet, ils n’ont plus besoin d’assister à 100% les patients qui utilisent le manger main. Ce bénéfice de gain de temps lors des repas prime sur la perte de temps lors de la désinfection.

À la suite de cette partie, je souhaite faire un lien avec des professionnels du paramédical, les ergothérapeutes.

Ils interviennent à tous les stades de la vie d’un patient et exercent leur métier dans divers domaines, majoritairement dans la rééducation et la réadaptation fonctionnelle.

Dans une pathologie telle que la sénescence, engendrant des déficits moteurs qui rendent la vie quotidienne complexe, le rôle de l’ergothérapeute est intéressant à mettre en avant. Souvent attaché à l’image d’un métier se limitant à la rééducation des personnes handicapés, leur offre de soin est bien plus large. Il existe un réel lien entre la diététicienne et l’ergothérapeute en ce qui concerne le manger-main.

Je m’appuie sur un exemple banal, mais qui a toute son importance. Lorsqu’un patient rencontre des difficultés à s’alimenter et que la famille ne souhaite pas avoir recours au manger main pour diverses raisons, l’ergothérapeute et la diététicienne peuvent proposer une solution. Par exemple des couverts plus ergonomiques qui facilitent la prise alimentaire. En parallèle de cette amélioration, si l’aide fournie ne suffit pas, la mise en place du manger main peut être l’aboutissement de la prise en charge. Une transition peut être mise en place avec l’aide de l’ergothérapeute, avant l’instauration du manger main lorsque l’entourage est sur le point d'accepter le programme FIFO.

Je trouve ce lien intéressant à mettre en avant, car je souhaite mettre en lumière l’importance de la pluridisciplinarité du soin. En effet, elle offre une prise en charge plus complète pour le patient ainsi que pour l’entourage. Proposer, améliorer, idéaliser le quotidien pour enclencher et faire perdurer une bonne santé sont les caractères les plus importants dans toutes les prises en charge.

Par la suite, il est probable que les familles se posent aussi la question : « Oui, c’est une bonne idée en résidences médicalisées, mais en sorties, comment repasser aux couverts si les habitudes sont prises sans les utiliser ? ». C’est une question tout à fait pertinente. Mais là encore, tout est possible, et le manger main ne vient pas se positionner comme un frein.

Continuer cette « façon de manger » hors résidences est tout à fait accessible avec un peu d’imagination. Il existe désormais dans notre société, diverses façons de s’alimenter. Choisir un repas composé de : nems, croque-monsieur, sandwich, sushi, ou de quelconque repas qui se consomme avec les mains, ils sont nombreux !

Si la sortie se déroule au restaurant, opter pour un plat avec un peu plus de tenue, tel qu’une omelette, une gaufre, un feuilleté ou bien des choux. Le programme FIFO est adaptable partout avec un peu d’improvisation.

Le regard des autres peut être une situation plus compliquée à gérer. Cette attention extérieure ne touche pas tous les individus de la même façon. C’est encore un autre travail sur soi-même à réaliser.

Il ne faut pas oublier que l’objectif principal reste l’amélioration de l’état de santé. Le bien-être nutritionnel, physique et psychologique doit prendre le dessus sur le regard d’autrui.

Une formation des aides à domicile peut aussi être un point à développer pour soutenir l’instauration du manger main au sein du foyer familial.

Ainsi, harmoniser le lien manger main et famille, est possible tout comme concilier l’ensemble du personnel de santé avec un programme pouvant être que positif pour les patients.

Il reste tout de même à englober la logistique de l’institution, c’est-à-dire la restauration collective qui sera une actrice primordiale dans la mise en place du manger main.

b) Concilier restauration collective et manger main.

Il va de soi qu’une structure de santé ne se compose pas exclusivement de professionnels de santé. Elle regroupe diverses professions, dont le métier n’est pas spécialement rattaché à du soin, mais qui font partie intégrante de la prise en charge thérapeutique. Nous pouvons citer les aides ménagères, les cuisiniers…

En effet, les cuisines collectives, dont leur production est à destination des structures de soin, peuvent elles aussi s’interroger sur la mise en place du manger main. Un projet qui va induire des modifications importantes dans leur processus d’élaboration des repas.

Nous pouvons faire face à des réticences d’ordres économiques, organisationnelles et/ou hygiéniques, en provenance des cuisiniers. C’est à nous, en tant que professionnel de valoriser son instauration par ces objectifs et de trouver des solutions pour que les modifications entraînées complaisent à chacun. Chaque difficulté s’accompagne d’une solution, nous allons voir pourquoi et comment procéder.

Pour commencer, imaginons que sur 80 résidents, 20 patients seulement ont besoin d’utiliser le manger main. Cela peut donc induire une source de temps supplémentaire pour la confection des repas de ces 20 personnes. Pour anticiper cet inconvénient, une organisation en amont est nécessaire. Elle permettra de planifier les différents repas afin d’aménager le temps de préparation.

Une élaboration des repas avec la diététicienne et les cuisiniers semble être l’option la plus adaptée afin de ne générer aucun désagrément et que le programme soit adaptable à tous.

Une création des repas similaires entre le plateau FIFO et les repas dits « normaux », permettra de ne pas trop solliciter davantage de manipulations. Seulement les formes et textures vont varier.


Cette coopération permet d’assurer :

- Un apport énergétique adapté aux patients,

- Un équilibre des repas,

- Un respect des propriétés organoleptiques,

- Une gérance des stocks,

- Une production réalisable pour les cuisiniers.


Sachant que la majorité des patients qui utilisent le manger main sont généralement des « petit-mangeurs », la production sera donc faible quantitativement. En effet, ceci induit que les modifications entraînées par le manger main ne toucheront qu’à petite échelle le système de production.

Il ne faut pas laisser de côté le caractère économique qui est un point important à soulever.

Si les repas choisis sont pour la majeure partie du temps similaires et n’induisent que très peu de différences de coûts, alors il n’y a pas d’inconvénients financiers à réaliser le programme FIFO.

Le fait d’utiliser le manger main vise à réduire le gaspillage alimentaire et représente donc un avantage économique considérable.

Il est fréquent d’observer un patient qui ne termine pas son assiette, pour diverses raisons, généralement, car les quantités servies sont inadaptées et trop importantes.

Mais chez des personnes ayant des difficultés à s’alimenter, le gaspillage se traduit le plus souvent par une lassitude. Le fait de manger génère trop de temps, un effort inapprécié et fatiguant. C’est à ce moment précis que s’installe la dénutrition.

Comme présenté précédemment, le manger main engrange des changements positifs sur les patients. Une reprise du goût à s’alimenter, avec une envie de se nourrir en autonomie.

Cela induit indirectement une diminution du gaspillage alimentaire. Les patients mangent avec plaisir l’ensemble de leur assiette.

Pour conclure cette seconde partie, qui présente le procédé d’instauration du manger main en institutions médicalisées, nous avons pu observer que la place de la diététicienne dans ce type de projet est d’une grande aide. C’est un soutien autant au niveau de l’apport alimentaire et nutritif, que pour le personnel soignant et le processus de production.

Mettre en place un nouvel outil dans un système de santé demande une volonté de groupe. Chaque personnel a une importance capitale et a donc son mot à dire pour que le projet se développe convenablement, et qu’il soit réalisable pour tous.

Le manger main se développe progressivement et a fait ses preuves pour une population vieillissante, mais il reste néanmoins beaucoup à découvrir sur ce programme.

Partie III - Le caractère évolutif du manger main

a) Le manger main tout aussi intéressant pour d’autres pathologies.

Le manger main a été préféré pour des patients d’un certain âge, une population sénescente ou souffrant de pathologies dégénératives, tel que l’Alzheimer. Nous percevons de grands liens entre, le manger main et l’Alzheimer. Le programme FIFO permettrait de lutter contre les potentiels risques de dénutrition pour ce type de pathologie, qui se traduit par de fortes démences neurologiques.

Si nous reprenons l’ensemble des atouts du manger main et la typologie des patients qui peuvent en bénéficier, l’offre ne se résulte pas seulement aux personnes âgées.

Il existe un grand nombre de personnes dans l’incapacité de se nourrir avec l’aide de couverts. Et pourtant, elles ne sont ni sénescentes ni atteintes de la maladie d’Alzheimer. Nous pouvons citer quelques patients visés :

- Des personnes victimes de traumatismes (hémiplégique),

- Des grands-brûlés,

- Des personnes à mobilité réduite…

La liste est longue, mais pourtant peu explorée et exploitée.

Néanmoins, le programme permettrait de dispenser les mêmes rétributions observées pour les résidents âgés. Moins de stress généré au moment du repas et pourquoi pas, moins de douleurs.

Le manger main pourrait faire partie d’une aide passagère dans un programme de rééducation, comme une sorte de transition au passage des couverts. Il pourrait également devenir un outil d’aide sur du long terme pour des personnes polyhandicapées, par exemple, qui ne parviennent pas à se nourrir avec des couverts.

De plus, le manger main offre une liberté de manger debout et/ou en mouvement.

C’est d’après moi, un attrait important à soulever, car pour certains patients le fait de « passer à table », assis et face à leur assiette n’est pas une partie de plaisir, au contraire. Je pense notamment aux enfants ou adultes atteints de pathologies neurologiques. Ils ont alors la possibilité de manger les bouchées en marchant, si cette posture leur génère moins de stress que la position conventionnelle assise. Une nouvelle fois, l’état d’anxiété est diminué lors du repas ce qui apporte un effet bénéfique qui a son importance dans la lutte contre les déséquilibres nutritionnels et la dénutrition.

Cependant, toute nouvelle invention induit souvent des limites. Rares sont les outils présentant 100 % d’avantages. Nous n’en sommes pas bien loin pour le manger main, mais il semble logique de s’interroger sur les freins à l’instauration d’un tel programme.

b) Les limites du manger main : comment le faire perdurer ?

Après avoir présenté et recensé l’ensemble des avantages et les évolutions possibles du manger main, on se doit de se questionner sur ses « inconvénients » et ses limites.

Les principales limites qui gravitent autour du manger main sont d’après moi, celles qui découlent de l’organisation demandée et des qualités des propriétés organoleptiques (goût, odeur, visuel, texture).

Consciente que la plupart des institutions médicalisées sont en permanence sollicitées, et ne nécessitent que de très courts moments de répit, l’implantation d’un nouveau programme alimentaire venant bousculer les habitudes déjà rodées peut effrayer.

Néanmoins, même si nous savons que cet outil ne peut induire que des améliorations avec une organisation adéquate, cette adaptation demande du temps, un temps précieux pour les services de santé. Alors effectivement, ce laps de temps nécessaire à la construction d’une harmonie correcte peut alimenter les inconvénients du programme.

Lorsqu’on parle des limites du programme FIFO, l’importance des propriétés organoleptiques entrent elles aussi en jeu.

L’imagination est grande, mais a aussi ses limites. Il peut être parfois compliqué pour certains plats, de trouver des alternatives adaptables au manger main comme des difficultés en matière de textures ou bien de goûts. Les saveurs et les formes peuvent se répéter et engendrer un sentiment de lassitude chez les patients. Une lassitude que l’on ne souhaite pas faire naître, car elle pourrait induire un effet dit « secondaire » du manger main. Les patients peuvent à nouveau perdre plaisir à s’alimenter, au risque de tomber dans le cercle vicieux de la dénutrition auquel on souhaite échapper.

Cependant, il existe toujours une façon de rendre quelque chose de différent. Par exemple, moduler les saveurs et les textures avec l’aide des cuisiniers et de la diététicienne. Leur savoir permettra d’adapter efficacement les repas afin de n’occasionner que très peu de répétitions.

Ces points peuvent mettre en évidence les raisons pour lesquelles encore peu d’institutions utilisent le programme FIFO.

Actuellement, aucune étude ne permet de quantifier le nombre de structures utilisant le manger main. Pour valoriser et généraliser son instauration, une communication faite auprès des professionnels de santé semble être la solution la plus adaptée pour renseigner sur les bienfaits générés par le programme FIFO. Ainsi, nous terminons cette dernière partie en ayant échangé sur les évolutions possibles du manger main, tout en se questionnant sur quelles peuvent être ses limites d’action.

Conclusion

Pour conclure, cette étude menée sur l’instauration du manger main en institutions médicalisées, elle nous a permis de constater la place qu’il occupe au quotidien, son intégration ainsi que ses possibilités d'évolutions et ses limites.

L’action de manger est une activité que tout le monde pratique quel que soit son genre, ses habitudes, sa nationalité… Tout le monde mange quotidiennement. Cependant, l’importance accordée à la nutrition diffère pour chaque individu. Et pourtant, l’action de manger est comparable à une horloge. Elle rythme nos journées, nous permet d’avancer et nous concentrer pour une journée complète. Elle offre aussi satisfaction aux personnes qui aiment manger et qui portent une importance à apprécier le bonheur apporté par l’alimentation. L’action de manger est vitale, ce qui lui offre une place conséquente dans notre vie.

Alors, pour ce thème d’étude qui gravite autour de la nutrition, il va de soi que toute nouvelle évolution, en lien avec l’alimentation aura inéluctablement de grandes conséquences en vue de son importance. Malgré tout, cette ostentation engendre indirectement une des limites du manger main : le fait de bousculer l’organisation d’une action si importante et routinière.

Après avoir balayé tous les atouts qui composent ce programme, tels que l’autonomisation, la liberté, la lutte contre la dénutrition ou encore les habilités motrices, cette liste intéressante et complète doit pouvoir susciter la curiosité des professionnels de santé et des aidants.

Le manger main est un outil créé pour améliorer la qualité de vie des patients en demande. En réponse à la problématique qui était pourquoi et comment valoriser le manger main, on peut dire qu’il participe à l’amélioration de diverses prises en charges, notamment à la palliation de la dénutrition, qui touche plus de 2 millions de personnes en France. La promotion du programme FIFO permettrait d’informer sur les bénéfices qu’il génère, afin que le monde médical s’y réfère.

Sachant que le manger main est actuellement mis en place pour une typologie de patients assez restreinte. Le programme FIFO est facilement adaptable pour d’autres pathologies.

La participation de la diététicienne semble, pour moi, incontournable. Elle permet de participer à un dépistage précoce de la dénutrition, pour agir plus rapidement. De plus, la diététicienne peut, avec l’aide des cuisiniers et de l’équipe de soin, participer à la formation de l’entourage des patients au manger main et fournir les outils nécessaires, qui leur permettront d’appliquer le programme hors structures médicalisées.

Le manger main est un grand pas vers la lutte contre la dénutrition, par l’autonomisation alimentaire et la liberté des patients.